Le chanci est une altération, une " micro-fissuration " du vernis qui a pour effet visible de le rendre opaque. Il est causé par l'humidité, l'air maritime, et dans ces cas le vernis passe progressivement du bleuissant au blanc laiteux ou, par contact de l'eau, d'un effet plus subit. Le tableau devient irregardable. Un détail du Subleyras reproduit ci-contre, montre que la peinture est illisible sous cette couche blanchâtre.
Traité à temps, le chanci est tout-à-fait réversible, par régénération du vernis : un apport d'alcool éthylique, entre autres, le refait gonfler, refermant ses micro-fissures. Bien exécutée, la régénération redonne rapidement au vernis toute sa transparence, sans avoir à l'amincir ni à l'enlever. La technique n'est pas nouvelle, car je peux lire le même traitement à base d'alcool, indiqué par Goupil dans son " Manuel Général de la Peinture " (1877) contre ce qu'il appelle la " moisissure apparente ". L'alcool éthylique entrait d'ailleurs dans la préparation de la " mista " du XVIIIème siècle.
En revanche, si on laisse un chanci s'installer, il va durcir, empêchant sa régénération. Il va désagréger le vernis, les glacis, voire dégrader un liant résineux de la couche picturale : tous désastres irrémédiables.
Pour une raison bien mystérieuse, MM. Petit et Valot du CNRS, dans leur " Glossaire des peintures et vernis " qui veut servir de référence (1991, co-édité par l'IFROA) englobe aussi sous le terme de chanci toutes sortes de maladies du vernis (embus, farinage, moisissures) sans aucun rapport ni de cause, ni de pathologie, ni de traitement... et jusqu'à la décoloration de certains pigments tels le bleu de smalt, les laques jaunes. Pêle-mêle tout ce qui " blanchit " en somme. On peut s'étonner qu'ils introduisent une telle confusion dans l'esprit des jeunes restaurateurs, parmi tant de rigoureuses formules de chimie.